mardi 27 avril 2010

Le bonze Myoe, 1er mangaka ?

Au XIIème siècle vivait le bonze Myoe brillant intellectuel et grand voyageur (c'est lui qui ramena la culture du thé au Japon). Il est sans doute le premier mangaka, bien avant Hokusaï. De son oeuvre ne restent que 12 rouleaux de dessins où il donna libre cours à son talent de dessinateur dans une satire des moeurs de la cour, raillant les grands seigneurs en les caricaturant sous forme d'animaux pour éviter la censure impériale. On remarque au passage la similitude avec La Fontaine, qui avait utilisé le même système pour sa critique sociale de la France du XVIIIème siècle. On dit de Myoe qu'il était d'une grande beauté. Très courtisé par les femmes, mais ayant fait voeu de chasteté, il décida un matin de se couper l'oreille gauche pour s'enlaidir à jamais. Le temple de Kozanji dans lequel il vivait est aujourd'hui bien national dans la région de Shimonoseki mais il a été rebâti et n'est plus dans l'état initial.

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Couteaux sécurité

Certaines femmes ont une peur instinctive du couteau. Mais même s'il n'y a pas historiquement de sushi-women au Japon, ménagères et enfants ne sont pas absents des réflexions de certains fabricants. Les consommateurs ne se doutent pas toujours que plus un couteau est tranchant, moins ils ont de chances de se couper, ne serait-ce que parce qu'on n'est pas obligé de forcer et que l'on tient le couteau éloigné de la main qui ne coupe pas. Des couteaux sécuritaires en aciers japonais sont proposés en France, les couteaux Captain Cook. Ils se singularisent par un bord arrondi et un manche adapté aux petites mains, mais pas d'acier bas de gamme. Anecdote : saviez-vous que c'est Richelieu qui introduisit la mode des couteaux de table à bords arrondis ? En effet, agacé par les convives se curant les dents avec leur poignard il en parraina l'invention au début du XVIIème siècle.    

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lundi 26 avril 2010

Kenshin le Vagabond

Shonen samouraï des années 1990 en 28 volumes, ce manga a ceci de particulier qu'il a séduit les deux publics, masculins et féminins, les adolescentes étant conquises par le charme et le courage du héros. Il conte l'histoire d'un jeune descendant de samouraï sans attache de l'ère Meiji (1878) au passé d'assassin qui vit dans le souvenir de ses ancêtres guerriers de l'ère Edo sur les traces desquels il va se lancer avec une jeune fille sauvée d'une agression en pleine rue. Le héros est reconnaissable à la cicatrice qu'il porte à sa joue qui n'est pas sans rappeler un autre défenseur des faibles, Albator, la star de l'Animé éponyme des années 1980. Caractéristique qu'on retrouve souvent dans les mangas japonais, ses grands yeux au regard profond qui donnent une attitude romantique au personnage. L'auteur, Nobuhiro Watsuki, décrit la difficulté de l'ancienne classe guerrière de s'adapter aux nouvelles règles de l'ère Meiji. Les scènes de combat sont parfois sanglantes mais l'auteur apporte aussi une dimension poétique à Kenshin, qui doit apprendre à maîtriser ses instincts dans une sorte de quête expiatoire face à ses mauvais démons.

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vendredi 23 avril 2010

Bushido : Le code d'honneur des samouraïs

Article basé sur "Bushido, l'âme du Japon", 1905, de Inazo Nitobe, livre qui a marqué son époque, mettant en parallèle cet esprit de chevalerie qui a forgé le caractère du Japon, avec les enseignements des prophètes chrétiens ou musulmans et des philosophes grecs comme Platon. "Bu" signifie l'ensemble des techniques martiales, "Shi" le guerrier et "Dô" la voie, littéralement la Voie du guerrier. Le bushido (on écrit en minuscule, le terme étant entré comme nom commun dans la langue française), code moral de la caste militaire des samouraïs, imprègne encore aujourd'hui la mentalité nippone. Il se fonde sur sept sentiments moraux : la loyauté, l'honnêteté, la droiture et le courage sans lesquels aucun véritable engagement, aucun esprit de service voire de sacrifice ne peut voir le jour, et la bienveillance, la sincérité et l'honneur. Il n'est fondé sur aucune doctrine, appuyé par aucune obligation juridique, il est d'inspiration zen  (Nitobe : "le zen amène le sens d'un calme abandon aux voies du destin, de la soumission tranquille à l'inévitable"), confucianiste (l'intellect n'est rien sans la conscience) et shintoïste (sentiment national, respect de la mémoire des ancêtres). 
Plusieurs grands principes rejoignent les grandes pensées occidentales :
- il y a plus de courage à passer pour lâche en refusant de se lancer dans une bataille que l'on juge illégitime qu'à passer pour brave en y mourant
- le souverain de droit divin est redevable devant le Ciel, de la bienveillance avec laquelle il traite ou ne traite pas son peuple, etc...
Mais le bushido a été dévoyé à la fin du XIXème siècle lorsque le gouvernement japonais confia les rênes de l'armée et des grandes entreprises (les zaïbatsus, grands conglomérats industriels) aux descendants des samouraïs. Ceux-ci organisèrent leurs entreprises selon les valeurs du bushido, menant à un impérialisme militaire et économique qui culminera en 1945 comme base spirituelle des kamikazes. De nos jours, il a retrouvé ses valeurs originelles pacifiques, le bushido imprègne des aspects quotidiens aussi divers que la consommation alimentaire des Japonais (manger avec modération), du comportement (courtoisie et forte exigence de politesse dans toutes les strates de la société) ou de la poésie (qui apprend l'attention et le respect). Le sens de l'engagement appuyé sur l'honneur dans le milieu du travail en est aussi une survivance,  la collectivité et la famille primant sur l'individu. A noter au XXIème siècle, cette opposition d'une partie de la jeunesse japonaise à ce qu'ils considèrent comme un carcan (le travestissement cosplay en est devenu un des moyens d'expression). Le mangaka Yoshito Usui remet en question certains des us et coutumes régentant la vie quotidienne dans Shin Chan, sorte de Simpson ou de Titeuf local. 

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Haiku en bois de honoki choisi par la France

Les challenges culinaires sont un des évènements majeurs où les couteaux japonais occupent le devant de la scène. Lors du dernier Bocuse d'Or en 2009, ci-contre l'Australie, aucune sélection nationale ne put faire l'économie à minima d'un éminceur japonais, même si pour d'autres travaux que de précision des couteaux occidentaux furent également employés. En 2011 et ce pour la 4ème fois de suite, la France a fait le choix de Haiku de Chroma. Original : pour la première fois l'équipe de France menée par l'Alsacien Jérôme Jaegle aura un couteau personnalisé, on peut les acheter chez CuisinerManger et contribuer ainsi au financement du concours... dont en France, les frais sont à la charge des candidats.
Haiku est particulièrement bien adapté. Le tranchant, cela va de soi, la balance absolue du produit mais également un autre facteur essentiel : le manche en bois de honoki dont découle en partie son équilibre. Le honoki est le bois des tsukas (manches) de katanas et des sayas (fourreaux) japonais. Le tsuka avait comme objectif une parfaite manœuvrabilité et devait à cet effet être aussi léger que possible, mais aussi assez solide pour absorber les chocs, de surcroît ne pouvait contenir de résine ou d'huile pouvant endommager la lame en suintant. Un autre aspect qui plaide pour ce bois est l'adhérence. Jean-Paul Bostoen de l'Auberge de l'Ill en Alsace, un habitué des concours culinaires, trouve Haiku idéal lorsqu'on travaille plus de cinq heures d'affilée couteau en mains et qu'on transpire beaucoup. 
Haiku est par essence même (...jeu de mots) adapté à ces concours très exigeants qui font aborder au monde des sensations zen, de la maîtrise du geste simple, de l'implication et  la détermination autour d'un objectif.

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samedi 10 avril 2010

Une autre tendance : les fines lames japonaises

Avec les mangas, les jeux vidéos et l'émergence des restaurants à thème japonais, les couteaux de l'archipel sont l'émanation la plus apparente du japanese way of life, quatre aspects du pays du Soleil Levant ayant pris effet ensemble ces dernières années.
On peut parler de déferlante en ce qui concerne les couteaux, en très peu de temps : 
- vers le milieu des années 1990 arrivent sur le marché français les premiers outils adaptés à nos usages, formes occidentales et lames asymétriques, des précurseurs Yoshikin et Chroma (Haiku)
- les deux sociétés s'entourent de designers réputés comme F.A. Porsche qui développe la gamme Type 301 au début de la décennie, à la préhension révolutionnaire, et qui reste terriblement moderne une décennie plus tard. 
- d'abord adoptés dans le monde professionnel, les couteaux japonais font irruption dans les cuisines des particuliers une dizaine d'années plus tard
- aujourd'hui, la tendance va vers des produits de plus en plus sophistiqués issues de nouvelles technologies comme le couteau céramique (terme impropre, il s'agit d'oxyde de Zirconium) ou Titanium, ou de méthodes ancestrales comme le damas (la marque Kasumi décline ces 3 aspects). C'est ce qui nous fascinera toujours avec le Japon, la modernité oui, mais sans renier la tradition. Depuis, la part de marché du couteau japonais ne cesse de s'élargir à tel point qu'aujourd'hui pas un fabricant européen ne cherche à en capter une part en plagiant produits et marketing.
Une dérive que nous devons combattre ici étant liée aux lames céramiques considérées parfois à tort d'obédience japonaise. Ayant nous-mêmes été parmi les pionniers de ce matériau, on doit effectivement rétablir la vérité concernant certains aspects  :
1° les lames céramiques ne viennent pas exclusivement du Japon, il faut distinguer ceux de Chine d'une qualité vraiment douteuse des vraies lames japonaises qui se comptent sur les doigts d'une main
2° à notre connaissance les affirmations du type "elles sont à l’origine utilisés par les plus grands chefs pour leur découpe précise" sont archi-fausses. Nous fréquentons les cuisines du monde entier depuis fort longtemps et n'avons jamais vu aucun "grand" (les petits non plus) chef utiliser ce type de couteau. La raison en est évidente pour qui a déjà travaillé en cuisine : ces couteaux sont hyper-fragiles (fuyez ceux qui affirment le contraire), n'ont pas de flexibilité et ne supportent aucune torsion latérale
3 ° L'affirmation "les lames en céramique sont jusqu’à 30% plus tranchantes que les lames en acier" est bien sûr fausse et cela a été maintes fois démontré. Elles sont plus dures, ce qui n'est pas la même chose. Ainsi, elles gardent le tranchant plus longtemps mais le problème se pose tôt ou tard de devoir les aiguiser. Et là, le plus gros inconvénient à nos yeux, seules des meules en diamant très chères peuvent aiguiser ce matériau, un coût et un inconvénient sous-évalué au départ.
4°) Vu parfois : "elles ne lâchent pas d'ions métalliques"... Cet argument est bien entendu fallacieux, aucun couteau trempé à plus de 1000° ne lâche d'ions métalliques. En 2009, un fabricant fut lourdement condamné outre-Rhin car l'industrie allemande a peu apprécié cette fantaisie.

Le couteau japonais aura donc mis une décennie à devenir l'incontournable des concours culinaires les plus prestigieux comme le Bocuse d'Or et à faciliter la vie de tous les jours des cuisiniers amateurs.


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mercredi 7 avril 2010

Manga mania

Librairies spécialisées mangas qui s'ouvrent un peu partout en France, la chaîne Arte qui rediffuse les grands classiques Anime en prime time (à venir la semaine prochaine, Nausicaä et la princesse Mononoke de Miyasaki), le moins que l'on puisse dire, c'est que le sujet commence à intéresser les médias. On trouve aujourd'hui des mangas de toutes sortes : gegikas (mangas adultes), mangas pops, mangas de cuisine (exemple : Tsukiji Sendaime, série de 25 volumes ayant pour cadre le grand marché aux poissons de Tokyo avec parfois la découpe des poissons comme inspiration), les seinens historiques (beaucoup de récits de samouraïs), les mangas intergalactiques du type "Les Chevaliers du Zodiaque" ou les mechas (genre touchant aux robots), shojo mangas pour jeunes filles, dont le premier du genre, "La Rose de Versailles", est une vision romantique à l'eau de rose de la France du XVIIIème siècle, et au Japon des mangas politiques mêmes, fictions revisitant l'Histoire contemporaine du pays. La figure du héros qui sauve le monde se retrouve souvent comme cliché et la période de l'adolescence avec ses rêves où tout semble encore possible, est un des sujets les plus traités.
Au-delà des intérêts de lecture ou d'évasion, ce patrimoine artistique est un bon moyen de comprendre la culture japonaise, un peu comme Astérix éclaire certains aspects des Gaulois. Il faut dire que le manga a ressoudé la nation après-guerre après l'holocauste nucléaire en véhiculant des valeurs simples et humanistes, en retraitant certains thèmes (guerre, violence) de façon plus candide. Nous avons un exemple d'un tel foisonnement d'idées en France avec les Alsaciens qui, une première fois en 1870 se sont retranchés dans le théâtre, le dessin ou d'autres activités artistiques comme la sculpture pour protéger leur culture menacée, puis en 1945 pour retrouver distraction et joie de vivre après les malheurs de la guerre et se réconcilier avec leurs ennemis. De nos jours, le manga influence d'autres disciplines comme la mode, ou le design et commence à franchir les barrières culturelles entre les civilisations. A quand les premiers mangakissas (cafés mangas ouverts 24h/24) où étudiants et salariés peuvent les louer au lieu de les acheter ? Pour les touristes fans de cet art pictural visitant le Japon il est une adresse incontournable : Mandarake à Tokyo, (cf image) dans le quartier de Nakano, où d'une petite échoppe s'est créée une galerie marchande entièrement dédiée à la culture manga. Nous y ferons bientôt un tour. 

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