mardi 24 janvier 2012

Le Japon - Périodes Nara et Heian [2/3]

Empereur Kammu - ©
Dans le premier article consacré aux périodes Nara et Heian, on a constaté que de la fin du VIéme siècle jusqu'au milieu du IXéme, le Japon était complétement ouvert et s'inspirait fortement de la Chine dans tous les domaines : arts, politique, linguistique etc... A partir de de là, le Japon commence à se fermer progressivement à cette influence, remettant en cause la supériorité du modèle chinois. En réalité l'apogée de l'influence chinoise a été pendant la période Nara (entre 710 et 794 donc), commençant à décroitre une fois la capitale transférée à Heian. Les raisons de ce déclin de l’influence continentale sont multiples. On retiendra particulièrement que la décadence de l'empire Chinois des T'ang connait une aggravation milieu du IXéme siècle qui se traduisit sur l'archipel par la vision d'un voyage dangereux ne valant pas la peine d'être réalisé. Aussi à cette époque, la capitale regorge d'esprits cultivés ayant assimilé les connaissances chinoises et commençant à les adapter aux besoin japonais. Dès lors les modèles chinois ne furent plus considérés comme absolus.

Avènement de l'écriture

Kanji d'origine -> simplification -> hiragana - ©
Premier grand changement de l'évolution culturelle nippone, la création d'un nouveau système d'écriture plus adapté à la construction grammaticale de la langue que les Kanji seuls, jusqu'à présent employés (voir première partie). Ce nouveau système est un syllabaire appelé kana, divisé en deux catégories les hiragana et les katakana. Les kana ont comme base graphique les kanji chinois, que l'on simplifiait en ne conservant qu'une partie à laquelle on associait un son. Les hiragana sont une forme cursive et les katakana une forme calligraphique des mêmes sons. Par exemple pour la syllabe "ta", on a en hiragana たet en katakana タ. Ceci aurait été donc fort simple, mais ce mode n'ayant pas été standardisé avant le XIXéme siècle, les kanji de base ou même leurs abréviations pouvaient varier d'une région à l'autre. Il existait donc bientôt un très grand nombre de signes différents pour une même syllabe. Bien que non optimal, ce système avait tout de même le mérite de s'adapter beaucoup mieux à la nature même de la langue et ouvrit ainsi le champs des possibilités littéraires sur l'archipel dans une langue autre que le chinois.
L'épanouissement littéraire ne se fit pas attendre, il était désormais possible d'écrire autre chose que des poèmes en japonais. Au Xéme siècle les  carnets de voyage, les autres récits foisonnèrent. Les classes sociales les plus élevées comprenant les plus érudits, se refusaient néanmoins à écrire en japonais jugé trop peu raffiné et continuèrent à utiliser le chinois (tout comme en Europe l'écriture en latin restait monnaie courante alors qu'une lange propre existait). Ce fut néanmoins le cas pour les hommes de la court, les femmes elles composaient en japonais. Au XIéme siècle l'une d'elle nommée Murasaki écrit ce qui est considéré comme le premier roman le Roman de Genji proposant une trame imaginaire. Ce style littéraire est (avec le journal intime) alors inexistant en Chine, prouvant le départ de l'autonomie culturelle du Japon. Si le japonais était alors écrit dans un style très pur, il n'en allait plus de même du chinois qui avec la rupture des relations avec le continent se perdit peu à peu, mais sans jamais disparaitre totalement. Les textes commencèrent par mêler chinois et japonais pour ne faire qu'un dans le japonais moderne utilisant à la fois les kana et les kanji. Après les lettres les autres arts suivirent leur évolution propre, puis ce fut au tour des institutions politiques qui prirent un chemin à 90° du modèle chinois.

Explosion administrative

Le roman de Genji - ©
Les japonais qui avaient tenté de copier en vain le système chinois n'en gardèrent au final que la façade. Les bureaucrates chinois étaient sélectionnés sur concours selon leurs aptitudes, ce qui était incompatible avec les valeurs filiales et les notions de loyauté et d’hérédité japonaises qui empêchaient la sélection par la valeur. Il en allait de même pour les intérêts de l'état qui n'étaient pratiquement jamais couverts en matière de fiscalité. Les aristocrates locaux s'entendaient avec la cour impériale pour se partager les terres et impôts par des procédés illégaux ou sous couvert de leurs services rendus. La machine bureaucratique mal développée ne parvint jamais à enrayer les illégalités. Les paysans payaient l'impôt aux aristocrates locaux qui en reversaient une partie aux seigneurs de la cour en échange de leur protection. Les domaines francs ainsi créés se multiplièrent jusqu'à faire disparaitre totalement le domaine impérial vers le Xéme sicècle, laissant l'administration sans revenu et les gouverneurs de régions vides de sens. L'administration centrale elle même perdit les moyens de fonctionner ne laissant que des titres de façade. Les familles princières de la cour prirent donc progressivement le contrôle totale de leurs régions en leur appliquant leurs propres lois et système fiscal. La famille impériale perdit tout pouvoir réel sur l'ensemble des régions autrefois faisant partie du système centralisé, mais garda un certain prestige en vertus de sa gloire passée et d'une encore relative influence religieuse. Pour subsister sans la récolte de l’impôt elle vivait alors uniquement sur l'exploitation de son propre domaine sur lequel elle conservait tout pouvoir. Dans ce bouleversement de l'ordre établi du pouvoir débuté au IXéme siècle, la famille princière des Fujiwara se faisait particulièrement remarquer, ce qui fera l'objet du troisième article.



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