mercredi 15 février 2012

Le Japon - Périodes Nara et Heian [3/3]

Fujiwara Michinaga figure
dominante de Heian - ©
Ce troisième et dernier article de la série consacrée aux périodes Nara et Heian de l'Histoire du Japon sera relatif à l’ascension des Fujiwara, qui ont à tel point dominé la fin de la période Heian, que ses deux derniers tiers sont également appelés "période Fujiwara".

Les Fujiwara sont une famille d'aristocrates qui très tôt (dès le IXéme siècle) contrôlèrent de très vastes domaines partout sur l'archipel, dépassant ceux de n'importe quelle autre famille y compris impériale. De par les immenses ressources financières issues de ce contrôle des terres, les Fujiwara devinrent incontournables à la cour et grâce à de subtiles jeux matrimoniaux réussirent à infiltrer la famille impériale. La tactique était simple et rodée. Les filles étaient mariées aux jeunes princes, qui se laissaient ensuite facilement convaincre d'abdiquer dès qu'un héritier était en âge de présider au cérémonial de la cour. Le trône revenait alors à l'impératrice et la régence à son père, en sa qualité de grand-père de l’héritier. Deux Fujiwara donc pour occuper les fonctions impériales. Ce procédé devint un automatisme dès le Xéme siècle, assurant aux Fujiwara tous les postes politiques clés de manière héréditaire. Jamais aucun empereur ne parvint par la suite à reprendre en main le pouvoir mais jamais non plus les Fujiwara procédèrent à un coup d'état pur et simple pour usurper le trône; la figure de chef dynastique et religieux (qui plus est de lignée divine) émanant de l'empereur les en empêchaient.

Cette main-mise sur les postes décisionnels associée à la grande fortune de la famille Fujiwara les élevèrent également au niveau de références en matière de mode et de goûts à la cour, qui jeta alors toute son énergie dans ces domaines. Les Xème et XIème siècles ont ainsi vu l'explosion dans la capitale d’œuvres littéraires et artistiques originales au détriment de la vie économique, militaire et politique qui se déplacèrent entre les mains des seigneurs de provinces. Le rejet progressif du modèle chinois et le déclin de la centralisation du pouvoir à Kyoto laissèrent les seigneurs provinciaux accéder aux responsabilités politiques, bien que ceux-ci soient toujours tenu à une allégeance envers les grandes familles de la cour. Cette allégeance rendait service aux deux partis, la cour protégeant les seigneurs régionaux vis-à-vis des percepteurs impériaux et les seigneurs régionaux protégeant les territoires contre les incursions des autres factions et des Aïnus, ou étaient appelés de temps à autres à la capitale pour régler "énergiquement" des problèmes de rivalité. De petites armées se formèrent et se regroupèrent autour de chevaliers (l'homme à cheval conserve son image de valeureux guerrier comme avant l'ère pré-chinoise mais n'est pas encore appelé samurai) qui eux-même se regroupèrent par convictions politique, amitié ou liens du sang. C'est ainsi que le Japon entrait dans son époque féodale, ponctuée de nombreux conflits entre seigneurs provinciaux et ce qu'il reste du pouvoir central ; les seigneurs locaux n'étaient pas attirés par le pouvoir politique de Kyoto mais rejetaient toutes immixions de celui-ci dans leurs affaires.

Bataille navale finale entre Taïra et Minamoto 1185 - ©
Dans les dernières années de l'époque Heian, vers le milieu du XIIème siècle, des conflits de successions amenèrent deux des principaux clans de l'époque (les clans Minamoto et Taïra) à s'affronter, chacun soutenu par une des deux factions opposées à la cour impériale. A l'issue de deux guerres en 1156 et en 1159-1160, les Taïra remportèrent la victoire. Taira Kiyomori le chef du clan victorieux comprit qu'il était à la tête de la plus grande puissance militaire de l'archipel, lui donnant par la force un ascendant certain sur toute la cour impériale ainsi que sur les familles nobles qui n'ont eux aucune puissance armée. Ne pouvant refuser par la force, la cour vit s'installer les chefs du clan Taïra à Kyoto. Mais le style de vie à la cour les changea rapidement les faisant passer de guerriers à courtisans aux yeux de leurs vassaux restés en province, provoquant par la même leur désertion du clan. Pendant ce temps, un nouveau clan autour de Minamoto Yorimoto (un descendant direct du clan Minamoto) se formait et défia la suprématie des Taïra. Une guerre de 5 ans s'ouvrit alors de 1180 à 1185 qui déboucha sur la victoire cette fois des Minamoto. Les principaux chefs Taïra ainsi que le petit fils de sang impérial de Kiyomori périrent, mettant fin au clan. 
Minamoto Yoritomi tirant la leçon des erreurs des Taïra délassa la capitale Kyoto pour s'installer à Kamakura, démarrant une nouvelle page de l'Histoire du Japon.

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