vendredi 29 juin 2012

Le train au Japon

En flânant sur Pinterest ces derniers temps, je suis tombé par hasard sur de superbes photos de trains japonais, ce qui m'a immanquablement rappelé que là-bas, c'est le moyen de transport phare. Adoré par les petits mais aussi par les grands, parfois même à tel point qu'il sont désignés comme otaku* des trains, le train japonais se singularise de tous leurs homologues par de très nombreux critères.
Tout d'abord, le Japon étant composé de 4 grandes îles principales dont le centre est invariablement très montagneux et les littoraux chargés de villes, il n'y est pas simple de s'y déplacer rapidement. Sur les longs trajets la voiture vous fera passer à coup sûr soit par des routes suivant le relief local (sinueuses et ne permettant pas d'y rouler rapidement, 70km/h au mieux) et/ou par des autoroutes tout aussi limitées en vitesses (80~90km/h max) et accessibles à des tarifs tout à fait dissuasifs. En plus de cet inconvénient, la voiture devient vite un gouffre financier lorsqu'il s'agit de stationner dans une grande ville. L'avion quand à lui ne permet dans tous les cas que d'effectuer une partie du trajet, il n'y a pas des aéroports à tous les coins de rues, surtout à l'intérieur des îles.
Le train s'est donc rapidement développé et facilement imposé comme LE moyen de transport rapide et sûr au Japon. Le réseau y est donc très étendu, desservant les très grandes villes comme les villages reculés. Il existe donc sur ces lignes un nombre très important de trains différents, en partie géré par la compagnie nationale JRLines. Bien que très différents dans leur conception tous les trains japonais dans lesquels j'ai eu le plaisir de monter ont un point en commun : leur propreté hallucinante. Même les plus vieilles rames dont le design ne trahit pas leur âge sont immaculées comme au premier jour.

Les plus connus des trains japonais sont certainement les shinkansen, le penchant nippon du TGV. Il en existe de nombreuses versions, de la première dénommée série 0 qui reliait Tokyo à Osaka à la vitesse de 220km/h en 1964 au dernier né baptisé Hayabusa qui a une vitesse de service de 300km/h. Le train bien qu'assez onéreux demeure le moyen de transport le meilleur marché au Japon. La meilleure façon d'en profiter lorsque l'on se rend au Japon est de se munir d'un Japan Rail Pass qui permet un usage illimité de presque toutes les lignes de la JR compagny.
Je ne suis pas un spécialiste des trains, je ne saurais donc nommer tous les types de locomotives existantes au Japon, mais vous trouverez un aperçu dans les quelques vidéos ci-dessous et sur le blog de densha otaku






*Otaku est un terme désignant les personnes passionnées (peu importe par quoi, mais souvent les jeux vidéos ou les manga) à tel point qu'il n'y a plus rien d'autre qui compte. Cela a souvent dans la bouche des japonais une connotation plutôt négative.

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jeudi 28 juin 2012

Ichi the killer

Tome 1, édition fr - © Tonkam
Avant la série Homunculus, Hideo Yamamoto s'était déjà illustré avec son titre Ichi the killer, paru au Japon dès 1998 mais seulement en cours de publication en France à l'heure où ces lignes sont écrites (7 tomes sur les 10 de la série sont disponibles). Le décalage d'une bonne décennie entre les publications nippone et française ont permis aux français de découvrir l'intrigue de ce seinen réservé aux plus de 16ans au travers du film éponyme du réalisateur japonais Takashi Miike sorti lui en DVD en 2007. 
Ichi the killer vous immerge dans le monde des Yakuza modernes où rien n'est épargné au lecteur : drogue, violence et sexe ! Mais jamais rien de purement gratuit, chaque scène pose clairement les traits des personnages et forge l'intrigue. Ici pas de sang juste pour du sang. 
L’histoire débute avec le meute par Ichi, sorte de tueur à gages un peu gore à peine sorti de l’adolescence, du chef du clan Yakuza Anjo, dissimulé ensuite en disparation par un petit groupe d'hommes mystérieux. Cette disparition mettra rapidement sur les dents les hommes du clan Anjo : leur chef est-il parti avec l'argent du coffre ou a-t-il été enlevé? Sous l’impulsion du second du clan qui ne croit pas à la fuite de leur chef, des recherches "énergiques" sont déployées par ses hommes pour le retrouver. Très vite les soupçons et les recherches musclées mènent à des conflits avec les autres clans Yakuza, notre petit groupe lui restant dans l'ombre et tentant de manipuler tout ce beau monde. mais dans quel but? 
Comme dans Homunculus, les personnages les plus charismatiques de l'oeuvre sont ceux dont l'esprit est le plus torturé et aussi tortueux. Ichi, le protagoniste principal par exemple est un tueur à gage peureux qui pleure très souvent, ou Kakihara le second du clan Anjo, qui est masochiste qui ne suit aucune des règles Yakuza. Ces personnages s’intègrent parfaitement dans l'histoire que l'on se prend vite à apprécier. Certaines scènes peuvent choquer ou être dérangeantes mais permettent une immersion plus profonde dans l'histoire et surtout dans le milieu de la mafia japonaise. Il faut aussi garder à l'esprit qu'il s'agit d'une fiction, il incombe donc de relativiser certaines séquences.
Le dessin quand à lui est excellent et colle parfaitement au ton de l'intrigue. Le détail est un peu moins prononcé que dans Homunculus, mais permet une lecture plus rapide qui colle mieux au rythme soutenu de l'histoire. A coup sûr ici encore Hideo Yamamoto a signé une oeuvre très aboutie sur de nombreux plans, mais destinée à un public adulte averti qui aime sortir des sentiers battus.

Ichi et son commanditaire. On retrouve le panorama de Homunculus
© City Manga

Ichi est un tueur très émotif, pas banal
© City Manga


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Hokusaï et les estampes japonaises

Joueur de flûte assis sur une branche de saule,
contemplant le Mt Fuji, 1839 - ©
Katsushika Hokusai (1760-1849), "le fou de dessin" comme il se qualifiait lui-même, fascina ses contemporains japonais et influença fortement les peintres impressionnistes Monet, Van Gogh, Gauguin, Degas... Ce n'est peut-être pas le premier mangaka, mais il est à l'origine du terme manga. Publié à partir de 1814, La Manga est un livre qui comptera 15 volumes et près de 4000 planches après la mort de son auteur. Portrait du Japon de l'âge Edo, ce monumental carnet de croquis fourmille d'êtres et d'objets, de samouraïs à l'exercice, planches botaniques, motifs de kimono, portraits de geishas, de  paysans, de sumos, ou créatures fantastiques, instants volés, scènes cocasses, tableaux oniriques. Un ouvrage de 800 pages, Hokusaï Manga, est paru l'an dernier aux Editions de la Martinière, regroupant près de 300 croquis inédits reproduits dans les teintes de la gravure sur bois de l'époque, avec des gros plans commentés par des spécialistes japonais. 
Ce personnage haut en couleurs devint au fur et à mesure le héraut de la spiritualité japonaise. Vivant entouré d'une cour de petits poètes, il se faisait proposer un poème tous les matins. On ne résiste pas au plaisir de vous conter ce fantastique haïku :
Un jour un poète arrête Hokusaï, 
- "ô Maître, écoute : u-ne li-be-llu-le, ô-tez-lui les ai-les, c'est un ha-ri-cot" (17 syllabes)
Hokusaï médite, puis revient :
- "non, écoute plutôt : un ha-ri-cot, met-tez-lui des ai-les, c'est une li-be-llu-le" (idem)    
C'est toute la différence entre deux attitudes, une positive et une négative. Hokusaï signifiait par là qu'on peut mettre des ailes à la réalité. Sur son lit de mort, il prononce ces humbles paroles : "encore cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste". Sur sa pierre tombale figure cette épitaphe : "oh! la liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d'été pour y laisser son corps périssable !"

Pour aller plus loin : exposition virtuelle sur l'estampe japonaise

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vendredi 22 juin 2012

Todaiji de Nara et son Daibutsu

Daibutsu ben du Todaiji - © Chroma
Fondé pendant la période Nara en 728, le Todaiji a été à l'origine érigé pour le repos de l'âme du fils de l'Empereur Shômu. Ce qui est désigné par toidaji n'est pas seulement un temple, mais plutôt un site concentrant un nombre important de temples et de sanctuaires, enseignant l'ensemble des cultes bouddhiques japonais. Parmi les bâtiments figure le daibutsu den, réputée comme étant la plus grande construction en bois au monde et qui abrite une statue de bouddha en bronze de 15m de haut.
Depuis sa construction, le site a été détruit et reconstruit plusieurs fois. Une première fois en 1180, la majeure partie du site sera incendiée par les Taira lors de la guerre les opposant au Minamoto. Les travaux de reconstruction de l'ensemble débutèrent dès l'année suivante et durèrent 14 ans à l'issue desquels une grande cérémonie eut lieu pour inaugurer le nouveau daibutsu den.
Le Todaiji sera en grande partie de nouveau réduit en cendres en 1567 lors d'un affrontement entre les clans Miyoshi et Matsunaga. S'en suivit une guerre civile et une longue période d'instabilité qui empêcha la reconstruction immédiate des nombreux temples détruits. Il faudra attendre l'époque Edo (vers 1700) pour que le Grand buddha et sa salle soient reconstruits.

Daibutsu en bronze - © Chroma
Aujourd'hui le site accueille de très nombreux touristes, écoliers japonais en voyage culturel et pèlerins. Le Todaiji est un lieu chargé d'Histoire et se trouvant au coeur de la première capitale historique du Japon, qui sans conteste l'une des merveilles culturelles du kansai. Petit fait amusant, il existe dans la salle du grand Bouddha un pilier dans lequel se trouve un trou de la taille d'une narine à Bouddha par lequel les enfants peuvent se glisser facilement. Ce petit rituel doit apporter à celui qui l'effectue l'illumination dans sa prochaine vie. Tous les écoliers/collégiens (et parfois même certains adultes) présents lors des visites se ruent donc vers ce lieu afin de s'assurer les faveurs divines. Le Todaiji figure au Patrimoine Mondial par l'Unesco depuis 1998

Pour aller plus loin : le très illustré article de wikipedia

Vidéo du fameux passage dans le pilier... Si les enfants passent sans problème, les adultes c'est une autre histoire


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vendredi 15 juin 2012

Tokyo Sky Tree

Tokyo SkyTree - ©
Fraîchement ouverte au public, la Tour "Sky Tree" de Tokyo a ravi le record de la tour auto-portée la plus haute du monde (ne comptent donc pas dans ce classement les buildings) avec 634m ! Cette hauteur de 634m n'a pas été choisie au hasard. En vieux japonais, 6 - 3 - 4 se prononce mu - sa - shi , évoquant la province de musashi qui se trouvait là où se tient la Tokyo Sky Tree. Il faut aussi noter qu'au pays des séismes, une hauteur pareille relève de la performance technologique. Bien qu'encore inachevée à cette époque, elle a fort bien résisté à tous les séismes ressentis à Tokyo depuis la catastrophe du 11 mars 2011. Architecturalement, le choix a été porté sur "une fusion entre la beauté traditionnelle japonaise et un design neo-futuriste". La couleur blanche légèrement bleuté a pour inspiration l'aijiro, la nuance d'indigo la plus pâle utilisée en teinturerie japonaise traditionnelle. La symbolique elle est plutôt orientée en ces temps de crises vers un futur dans lequel le Japon saura conserver son dynamisme et sa place au rang des puissances mondiales. Enfin, d'un point de vue purement pratique, la tour servira de relai de communication numérique (tv, téléphone...), en remplacement des relais analogiques de la tour de Tokyo.

Pour plus de détail, le site officiel de la Tokyo SkyTree
Superbe photo de nuit avec l’éclairage très réussit par Dozodomo 

Timelapse de Tokyo depuis le poste d'observation du Sky Tree  :

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jeudi 14 juin 2012

Les Yakuza, la mafia japonaise

Shimizu No Jirocho réputé premier bandit
riche et célèbre de l'époque moderne - ©
Qui ne connait pas aujourd'hui le nom Yakuza mais sans réellement savoir ce qui se cache derrière, hormis des synonymes donnés tels que "mafia", "pègre" ou "crime organisé japonais"? Aujourd'hui popularisés au travers de films/séries [très connus comme le premier volume de Kill Bill, plus comique tel que Wasabi et My Boss my Hero ou plus "authentique" à l'image de Zatoichi], de manga [entre autres Ichi the killer dont nous reparlerons ici prochainement] ou de jeux vidéos [série Yakuza de Sega], les Yakuza trouvent leurs origines vers 1600 à l'époque Edo (de l'ancien nom de la capitale Tokyo), mais deux versions différentes existent à propos de leur création.

La première théorie dit qu'ils seraient issus des bakuto et des tekiya, respectivement parieurs professionnels et vendeurs itinérants. Ces deux milieux recrutaient leurs membres dans la basse société, parmi les petites frappes et les sdf et une fois assez nombreux, s'établissaient dans un secteur fixe à l'intérieur duquel ils contrôlaient les salles de jeu, très populaires à l'époque, ainsi que le commerce. Ces deux activités sont aujourd'hui encore au coeur du système des yakuza. De plus les tatouages et le rituel du doigt coupé qui caractérisent les Yakuza d'aujourd'hui semblent provenir de traditions déjà existantes dans ces deux groupes, renforçant la probabilité de ces origines.
La seconde hypothèse soutenue par les clans de yakuza eux-même affirme qu'ils descendent des machi-yakko, les protecteurs des villes. Au début de la période Edo, le pays fût démilitarisé et pacifié, une période de 250 ans de paix s'en suivit. A cette époque, les samurai qui représentaient 10% de la population se retrouvèrent démobilisés. Certains devinrent des rônin, d'autres de simples bandits. Leur particularité était de ne se plier à aucune règle. Ils traversèrent les villes et villages en bandes de plus en plus grandes et organisées terrorisant la population et même occasionnellement pratiquant le tsujigiri, acte consistant à tester l'efficacité d'un sabre neuf sur le premier passant venu. Des groupes de protection se formèrent au sein des villes pour s'en protéger, les machi-yakko, possibles ancêtres des yakuza se décrivant comme défenseurs des citoyens mais protégeant avant tout leurs propres intérêts. Cette sorte de milice locale profitait de son statut de seul rempart contre les bandits pour prendre une position ascendante sur les habitants, et ainsi élever le rang social et la situation financière de ses membres.

Tatouage de Yakuza - ©
Après un longue période durant laquelle les yakuza étaient tolérés et avaient des accords tacites avec les représentants de l'ordre, l'image de ceux-ci se détériora auprès des populations, allant jusqu'à déclencher dans les années 90 une série de lois qui obligent depuis les yakuza à se faire ficher, ce qui les soumet à plus de restrictions. Les autorités connaissent avec plus de précisions quel membre fait partie de quel clan, rendant plus simple les poursuites lors de dommages subit par des personnes ou des biens matériels. Bien souvent cependant peu de plaintes sont déposées et les poursuites presque toujours faibles. Seuls les crimes les plus graves et/ou ayant un un fort impact sur l’opinion public peuvent être sévèrement réprimés. A l'origine les yakuza suivaient un code, le gokudô, inspiré du bushido des samurai et introduit aux origines par les rônins qui entrèrent dans les clans. Sous l'effet des lois antigang les clans se sont dès lors réduits mais cela augmenta leur cohésion d'ensemble.
 Aujourd'hui les activités des Yakuza s'effectuent dans l'ombre de sociétés ou d'associations de façade. Leurs domaines d'action sont très vastes et comprennent les jeux d'argent (paris illégaux, salles de jeux clandestines), le racket des petits commerces en échange d'une protection, l'industrie du sexe (la prostitution normalement illégale au Japon, la pornographie clandestine de vidéos non censurées)... Dernièrement les yakuza ont également infiltré de plus grandes société en achetant des actions, leur permettant d'être présent aux réunions d'actionnaires et de pouvoir faire pression sur ceux-ci. Leur développement à l’international a touché principalement les USA et l'Allemagne, mais ils font face depuis quelques années déjà à l’émergence d'une concurrence chinoise sur leur sol natal.
Dans la société japonaise de tous les jours, les Yakuza ne trouvent pas facilement une place. Il se retranchent dans certains quartiers qu'ils contrôlent complètement, sont bien souvent exclus de nombre de lieux publics, principalement ceux où leur identité serait facilement repérable comme les onsen (bains de sources chaudes). Le style des yakuza étant assez caractéristique, il sont facilement repérés par le reste de la population, posant des problèmes de réintégration aux repentis ainsi que d'ordre général aux personnes ayant perdu un doigt et aux gens tatoués non-membres d'un clan - souvent des étrangers -.

Le milieu du crime organisé au Japon répond donc à certains codes moraux (pas toujours suivis) la rendant différente des autres mafias, mais reste néanmoins un milieu dangereux et illégal. Vous pouvez trouver plus de documentations sur le sujet au travers du grand nombre de sites disponibles sur internet dont en voici une partie :

Vous pouvez également consulter ce reportage "En quête d'action" de la chaine W9 consacré au sujet :




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