vendredi 21 février 2014

Sokushinbutsu

Daijuku Bosatsu Shinnyokai-Shonin
C'est au VIIIéme siècle qu'au Japon vit le jour la secte Shingon, fondée par le moine bouddhiste Kōbō-Daishi, auteur selon la légende de la pratique rituelle de Sokushinbutsu ou momification naturelle par le suicide. Si ce rituel a également existé dans d'autres pays d'Asie, c'est néanmoins dans la secte Shingon qu'elle fût la plus fortement ancrée dans le temps. 
Le but du Sokushinbutsu était littéralement de rencontrer l'éveil (devenir bouddha) en une seule vie avec ce corps (sans passer par la réincarnation donc), en se débarrassant de sa perception du monde au travers des 5 sens afin saisir l'authentique vérité faisant partie d'un tout. Chez les adhérents au Shingon, parvenir à cet état nécessitait de lutter contre la douleur et la peur de la mort. De nombreux rituels étaient censés les y aider, comme méditer sous une cascade d'eau glacée, le Sokushinbutsu en étant l'étape ultime. Pratiquée au temple Yudonosan Dainichibo et s’étalant sur plus de 5 ans, ce rite demandait une force d'esprit et une volonté à toute épreuve :
- La première étape durait un millier de jours, pendant lesquels le moine pratiquait une intense activité physique et suivait un régime alimentaire très pauvre afin de supprimer toutes les graisses de son corps. 
- Une fois cette première étape franchie, le moine durcissait son régime pendant encore un millier de jours, en le composant de racines, d'aiguilles et d'écorces de pin. Au terme de cette période le moine devait avoir éliminé de son corps d'autres éléments qui le rendent putrescible après la mort.
- Pour réussir la momification, il fallait encore déshydrater le corps et l’empoisonner (pour le protéger de la faune nécrophage). Commençait alors une étape encore plus dure, où le moine buvait exclusivement un breuvage à base de sève d'urushi (sumac japonais). Très toxique pour le corps, la boisson provoque vomissements et diarrhées, faisant à la fois les processus de déshydratation et d’empoisonnement.
- Très affaiblit, le moine finissait le rite emmuré vivant en position du lotus, avec seulement un espace permettant à l'air de circuler. Chaque matin, le moine faisait sonner une clochette permettant à ses disciples de savoir si il était mort. Lorsque la cochette ne tintait plus, le dernier espace du mur était comblé, laissant le moine tel-quel pendant encore 1000 jours.

Au terme des 1000 jours, la tombe était ouverte afin de constater la réussite ou non du processus de momification. La fiabilité de la méthode était somme toute assez faible, puisque peu parvenaient à obtenir le statut de Sokushinbutsu. Les moines n'ayant pas réussit étaient tout de même honorés pour leur volonté. 
Aujourd'hui seuls 16 momies sont répertoriés. Il s'agit d'un mystère pour les chercheurs car si certaines étapes clés sont réalisées par les moines pour rendre leur corps imputrescible, le simple fait de ne pas retirer les organes contenant des bactéries (comme le faisaient les égyptiens lors embaumements), suffit à enclencher à la mort la dégradation du corps dans son ensemble. Une piste avancée pour expliquer la réussites de certaines momifications serait que l'eau utilisée pour le breuvage d'urushi proviendrait de la montagne Yudono proche du temple ; celle-ci contiendrait de l'arsenic, connu pour être un bactéricide efficace. La pratique est interdite au Japon depuis le XIXéme siècle, car assimilée à une forme de suicide, lui même prohibé depuis cette période.


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