jeudi 5 juin 2014

Symbolisme et sabre japonais

On peut se demander comment et pourquoi le sabre japonais est devenu un symbole sociétal. Examinons la dualité samouraï / sabre comme le yin et le yang (in / yo en japonais).
Bref rappel historique. Désigner le guerrier japonais du mot samouraï est une invention occidentale tardive, auparavant le samouraï, de sabourai, signifie littéralement celui qui sert : un homme de cour. Bushi désignait le combattant, les bushidan des groupes armés, le bushido un code d'honneur qui codifiait les bases d'une éthique de courage et de loyauté dans un Japon morcelé en fiefs privés sans pouvoir central. Au commencement les sabres étaient longs et courts ("kata-kihira" chokuto) comme ceux des hoplites grecs, la construction de la lame symétrique comme les armes occidentales. Avant 1274 et la défaite face aux Mongols, on utilisait surtout des arcs et des flèches à distance, on ne parlait pas encore de bushido. Seul l'assaut final, rarement déterminant, impliquait l'utilisation d'un sabre. Lorsque les samouraïs devinrent une caste dominante, les tactiques guerrières changèrent. Le Japon devint très tôt une civilisation du cheval ce qui modifia complètement la forme et le design des sabres. Plus de batailles rangées, la cavalerie nécessita une adaptation. C'est le début du premier sabre de design japonais, le courbé et asymétrique tachi. Puis naquit le katana qu'on pouvait désormais tenir à une main, accompagné du wakazashi, plus court et seule source de protection qu'on pouvait emmener avec soi partout, alors que le katana devait être déposé au-dehors avant d'entrer dans un bâtiment. Car porter un sabre avait son étiquette : était codifié comment le porter mais aussi quelle direction le fil doit faire face dans chaque situation (les duels en Europe avaient aussi leurs rituels). Dans le contexte d'une bataille c'était important, l'honneur de la famille était engagé. Des écoles, Ogaqawara-ryu, enseignaient le code de conduite.
Les sabres, cérémoniels ou armes de guerres, sont omniprésents dans la mythologie japonaise. Empreints de mysticisme, les Japonais se croiront guidés par les dieux dans leurs batailles, et le nexus entre la forge d'un sabre et le symbolisme issu des légendes shinto influencera leurs actes, générant nombre de superstitions. Dans la spiritualité shinto tout, pas seulement les animaux, contient une âme. Dès lors les Japonais pensent que le sabre donne un aperçu de la vraie nature de celui qui le porte, le mythe chevaleresque fera le reste, lui conférant l'âme du guerrier, offrant un modèle d'étiquette aux générations futures qui pourront se fédérer dans cette identité. Les forgerons montrent beaucoup de respect et d'humilité devant leurs créations qu'ils estiment inspirées par les puissances supérieures, observant des rituels religieux avant de procéder à leur fabrication : offrandes, prières aux ancêtres, certains se purifient avant le travail en se lavant avec de l'eau, font de leur place de travail un sanctuaire sacré. Si la forge ou le forgeron n'est pas totalement pur cela peut conduire à imprimer des énergies négatives et le sabre dès lors ne servira qu'à des tueries. Les outils des forgerons réputés forger des lames malicieuses et sanguinaires seront convoitées par les ennemis des uns et évitées par les autres. L'esprit de la lame est supposé pénétrer dans le sabre au moment de la réalisation du hamon lorsque les deux forces purificatrices que sont l'eau et le feu entrent en symbiose. La lame émerge différente de l'eau.

Le sabre devient durant le Moyen-Age japonais un instrument de promotion sociale. Porter un sabre à la ceinture (toujours à gauche) indique tout d'abord un certain statut. Cela attire le respect des passants qui risquent de se faire embrocher, un roturier manquant de respect pouvant être occis sur place sans autre forme de procès. Un spectre d'influence en émane, pour protéger la veuve et l'orphelin, ou pour s'en servir à des fins plus agressives.A la fin du XVIème siècle, après de continuelles guerres, le fossé se creusera entre les classes sociales : les paysans sont désarmés (katana-gari, "la chasse au sabre") et les soldats ont interdiction de participer aux travaux des champs ; les guerriers désoeuvrés ont le choix entre la voie du sabre ou de la bêche. Le statut combattant est reconnu, l'ensemble pesant 5 à 6 % de la population totale, au  moment même où celui-ci n'a plus de batailles à livrer, mais la symbolique perdurera.

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