vendredi 29 mai 2015

Karoshi

Quand les actualités France / Japon s'entrechoquent, c'est l'heure pour nous de faire un post. En novembre dernier nous avions relaté la culture samouraï dans l'entreprise japonaise qui se traduit parfois par le nouveau mal du siècle, le burn-out ou épuisement professionnel. Maladie diagnostiquée dans les années 1970 pour décrire un stress chronique aux symptômes identiques à ceux d'une dépression (manque de sommeil, démoralisation, sentiment d'échec pouvant conduire à des suicides ou des AVC). Dans ces derniers cas de "mort par excès de travail", Karoshi en japonais, plusieurs milliers de personnes par an seraient touchées et plusieurs centaines de mille sont à risque. 
Les Japonais sont des workaholics, jadis on les apparentait à des fourmis dans les journaux occidentaux. Selon l'OCDE plus d'un salarié sur 5 travaille plus de 50 heures par semaine (contre 8,2% pour les salariés Français). Pour info, il n'existe pas de limite quantitative légale au nombre d'heures supplémentaires comme chez nous. Les Japonais, quand ils transgressent les 40 heures de durée légale hebdomadaire, reçoivent des compensations financières sous la forme d'un supplément de salaire qui varie entre 25 % et 50 %. En France, c'est une double compensation, et financière et en repos compensateur. Vous trouverez une note de synthèse récente sur le sujet, sur le site du Sénat  
Afin d'enrayer le phénomène, le gouvernement japonais vient de voter une réforme censée sonner le glas des heures supplémentaires pour les cols blancs, les plus propices au burn out (cadres, professions libérales, dirigeants d'entreprise...). La nouvelle loi autorisera les entreprises à ne plus payer les heures supplémentaires de leurs salariés gagnant plus de 80.000 euros par an. L'objectif déclaré de la réforme est d'encourager les entreprises à ne plus évaluer leurs salariés sur le nombre d'heures qu'ils passent au bureau. 4% des salariés du privé, soit 1,8 million de personnes, seraient concernés par la réforme. Quant aux congés payés, 16% des employés à temps plein n'ont pris aucun jour en 2013, rechignant à s'absenter par sentiment de culpabilité, selon une étude du gouvernement ; en moyenne les Japonais ne prennent que neuf jours par an, soit la moitié des vacances auxquelles ils ont droit.
Téléscopage de l'actualité, au même moment la France discourt sur un projet de loi afin de faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. Pour l'instant jugé irrecevable car aggravant le déficit monstrueux de la Sécurité Sociale, il a peu de chances d'aboutir et soyons honnêtes, vu le taux de chômage dans notre pays, ce n'est pas le moment d'ouvrir une boîte de Pandore qui grèverait les charges des entreprises mais il faut discuter du problème en interne à l'échelle de l'organisation du travail. Toujours est-il que le Karoshi au Japon est reconnu comme maladie professionnelle depuis 1988 mais il est difficile de le prouver. Au Japon il est douteux que la nouvelle loi règle quoi que ce soit. D'abord on ne cible que les cadres supérieurs. Ensuite le risque est grand de voir les salariés ne pas oser refuser à leur entreprise de continuer à faire des heures supplémentaires, mais désormais sans rémunération à la clé, ce qui générerait des effets inverses, le diable est dans le détail quand on s'attaque à une culture fortement ancrée.

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