mercredi 20 juillet 2016

Un artiste de génie

C'est l'été, voilà un sujet un peu plus léger. Ceux qui nous suivent savent qu'on met occasionnellement un peu de poésie dans l'art coutelier nippon pour varier les sujets. L'occasion de nous pencher sur un grand virtuose, poète de la toile, Hokusaï, en explorant certains aspects méconnus de sa vie. Un sur deux qui connaît Gakyōjin Hokusai, le "fou de dessin" comme il aimait à se nommer, pense spontanément à sa "Grande Vague", peinte en 1830-31. Mais le personnage recèle de nombreux talents. Il est presque impossible de le définir : fécond (30.000 oeuvres), fantasque (changeant de maison parce qu'il ne voulait pas faire le ménage dès que la saleté s'y accumulait), excentrique, mystérieux dans sa poésie visuelle, bougon (n'hésitant pas à critiquer publiquement les dessins de confrères). Entretenant une étroite collaboration avec les cercles littéraires, on dit de lui qu'il réussissait à peindre les états d'âme de ses personnages même sans visages.    
Tout d'abord, saviez-vous que Hokusaï est un nom d'emprunt qu'il ne porta que de 1798 à 1810 ? Né en 1860 (mort en 1849), on ne connaît pas l'identité de ses parents, il a été adopté sous le nom de Tokitaro et sur son tombeau figure le nom Kawamura qui est celui d'un artiste connu du XVIIIème siècle, peut-être son père biologique. Comme un clin d'oeil à son origine trouble, Hokusaï changea de nom dès son adolescence et en portera successivement plusieurs, avant de devenir Hokusaï pour l'éternité. Après 1815 l'artiste légua  son nom à son élève, qui devint Hokusaï II, et prit celui de Taito, puis Iitsu et Manji, au gré de ses tournants artistiques. On dit qu'il en porta 55 différents tout au long de sa vie.
Lorsqu'on donna libre cours à sa fantaisie, l'artiste s'éclata. En 1804, en présence d'un vaste public, Hokusaï tapissa de feuilles de papier une surface de plus de 200m2 sur laquelle il peignit un buste à l'aide d'un balai trempé dans une cuve de saké remplie d'encre de Chine, avant de monter l'oeuvre sur un cadre en bois. A la même époque il aurait peint une nuée de moineaux sur un grain de riz. Dans un concours de peinture il démonta une porte coulissante et y peignit des lignes sinueuses avec un balai trempé dans de l'encre bleue ; puis il prit un coq dont il plongea les pattes dans de l'encre rouge et le laissa se promener sur la porte. Les traces des pattes devinrent des feuilles d'érable emportées par le courant d'un fleuve ; il fut déclaré vainqueur par le shogun qui assistait au concours. Hokusaï savait peindre avec les doigts, les ongles, l'extrémité d'un oeuf, le manche d'un pinceau... Dans les oeuvres mémorables figurent aussi les Dessins d'un coup de pinceau tracés sans lever le pinceau trempé une seule fois, qui sont presque impossibles à copier. Enfin ajoutons que comme bien des artistes, la renommée ne vint qu'après sa mort, à la fin de sa vie Hokusaï était contraint de vendre ses estampes dans la rue pour survivre. Notons que ce n'était pas un solitaire, plutôt bon vivant, il eut aussi 5 enfants de 2 femmes différentes. Le peintre impressionniste Monet, émule de Hokusaï tout comme Manet, Degas, Van Gogh, Toulouse-Lautrec..., découvrit Hokusaï dans la boutique d'un épicier hollandais qui n'arrivait pas à emballer ses marchandises avec, en raison de la finesse du papier. A la fin du XIXème siècle l'art nippon rayonna fortement en Occident, imprégnant de nombreux artistes. Kyoshin, le biographe d'Hokusaï s'installera à Paris. On nommera cette influence le japonisme, qui donnera naissance à l'Art Nouveau avec notamment Emile Gallé, féru d'art "japonesque".
Pour en savoir plus : Hokusaï, collection Vie d'artiste, chez Gründ.
 

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