mardi 10 octobre 2017

Nobel japonais ou anglais ?

Contre toute attente l’Académie suédoise a couronné Nobel de littérature Kazuo Ishiguro, écrivain britannique. C'est du moins ce que disent les Anglais car il a acquis la nationalité britannique à l'âge de 28 ans. Les Japonais aussi revendiquent comme un des leurs ce descendant d'une famille de samouraïs et celui-ci les fortifie en cela car dit-il, une large part de ma manière de voir le monde, mon approche esthétique, est japonaise, car j’ai été élevé par des parents japonais, parlant en japonais. A 63 ans, il se voit comme le produit de ces deux cultures très éloignées malgré qu'en 1987 dans un entretien à Libération il déclarait qu' « en termes de style et de technique, je suis un écrivain occidental, très éloigné de la tradition japonaise. J'ai créé dans mes livres un Japon imaginaire ». 
Ses 8 romans n'ont été vendus jusqu'à présent qu'à moins d'un million d'exemplaires au total au Japon - nul doute que cela risque de changer.
Né à Nagasaki en 1954, Ishiguro s’est installé au Royaume-Uni avec sa famille en 1960 dans les bagages de son père, océanographe venu explorer les champs pétrolifères au large de l’Ecosse. Une mission provisoire qui va durer, la famille ne rentrant jamais au Japon. Deux de ses romans ont été portés à l'écran. En 2010, Auprès de moi toujours, ("Never let me go" avec Keira Knightley comme actrice principale), dystopie SF disponible en vidéo sous le titre français). Meilleur roman de l'année 2005 selon Time Magazine mais échec commercial au cinéma (9 millions de recettes pour un coût de 15 millions) comme tous les films qui décrivent un avenir sombre à l'humanité. En 1994 le cultissime Vestiges du jour récit fameux de 1989 sur une histoire d'amour inaboutie pour cause de totale abnégation à une profession faite de rigueur et de précision - c'est là qu'on sent la "patte" anglo-japonaise. Ce dernier film dont le majordome Stevens et Miss Kenton ont inspiré leur vocation à de nombreux majordomes et gouvernantes dans le monde, fut 8 fois nominé aux Oscars. D'un coût de 11,5 millions de $ il en générera plus du double en recettes. C'est un roman merveilleusement écrit et merveilleusement filmé, le film reposant sur la personnalité d'Anthony Hopkins qui crève l'écran. A relire et à revoir.
Pour la petite histoire il n'y a eu que deux Nobel japonais jusqu'ici, Yasuri Kawabata en 1968 qui s'est suicidé en 1972 et Kenzaburo Oe en 1994. Celui de cette année sera bien sûr porté au crédit du Royaume-Uni.

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