mercredi 7 février 2018

Turbo steel

Le croquis ci-contre explique les différences entre les 3 principales nuances d'aciers : aciers tendres shigane (européens), aciers durs hagane (japonais), aciers hybrides kawagane et leurs déclinaisons. 
Nous opposons l'acier européen (aciers tendres jusque 0,5 % de carbone), oranda tetsu, et l'acier japonais, watetsu dont ne sont retenus que les pépites contenant entre 0,6 % et 1,5 % de carbone (aciers précieux =  tamahagane). Les aciers européens proviennent de roches minérales contenant de l'oxyde de fer (le fer n'existe pas à l'état natif) et les aciers japonais s'obtiennent à partir d'un sable ferrifère appelé satetsu dont il existe deux sortes, l'akame, de couleur rouille, et le masago, de couleur noire. C'est ce dernier, car il contient très peu d'impuretés, qui convient le mieux à la fabrication d'acier destiné aux couteaux.
Longtemps les nuances découlèrent des spécificités propres aux minerais locaux à l'exception de certains visionnaires qui pratiquent déjà de successives montées et descentes en température très précises dans des petits creusets. Il nous est resté en mémoire un certain Asad-Allah d'Ispahan dont les lames se vendaient au poids de l'or (à prendre en considération  aujourd'hui si jamais vous vous étonnez qu'un couteau de qualité peut valoir 500 €). La technique va passer à l'Espagne (Tolède, XIVème siècle) puis à l'Angleterre (Sheffield, XVIIème). Les Japonais quant à eux ont appris des Chinois, avant de travailler les aciers par section de lame pour l'industrie de guerre à base d'armes de taille. 
Il convient ici d'introduire une notion que maints utilisateurs négligent. La difficulté principale du forgeron est de maintenir l’équilibre entre capacité de coupe et solidité, en résistance des matériaux, ductilité. C'est la capacité d'un matériau à se déformer plastiquement sans se rompre, la résistance à l'étirement. L'or est le matériau le plus ductile car le fil que l'on obtient par son étirement extrême est le plus fin de tous les matériaux connus. Pour un couteau ou un sabre plus il est dur donc coupant, plus il est cassant. Dans le cas où une micro-fissure deviendrait critique (cas typique d'un éclat qui n'aurait pas été rattrapé à la pierre - d'où l'importance de la pierre !), la lame peut rompre. D’un autre côté une lame souple risque de ne pas couper correctement ni longtemps, et on n'est quand même plus dans l'ère du jetable mais à la recherche d'une consommation plus raisonnée moins consommatrice de matière. Les Japonais ont résolu cette problématique avec élégance, ce sont les trempes cryogéniques façon Masahiro ou les damas kasumi où chaque détail de la technique de forge participe à l’équilibre de la lame.
La société Chroma vient d'apporter une nouvelle pierre à l'édifice avec un alliage inoxydable novateur à trempe sélective réunissant ductilité et pouvoir coupant. Chroma Turbo est un pas de plus vers la modernité. Forge, trempe, polissage et affûtage ont été complètement repensés au point qu'il faut de nouveaux appareils de mesure afin de contrôler les process. Le fil du couteau est en 60° HRC.
C'est le design Porsche, leur meilleure vente, qui hérite logiquement de la méthode.
Première mondiale au salon de Francfort mi-février, puis livraisons courant mars.  
 




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